Entre eux, c'est de l'Amour. Un amour qui fait bling ! Bling-bling même, puisque, en italien, bling-bling se dit «Berlusconi», lequel n'a cessé de répéter que, pour son ami Sarkozy, il était un «modèle». La première fois que Nicolas Sarkozy l'a vu, c'était à Rome, en 2002. Il a tout de suite été bluffé, en même temps que séduit. Une des plus grandes fortunes d'Europe, le patron aussi de l'Italie alors, et si charmeur, si «successful». Quand Sarkozy confie à ses proches qu'après avoir «fait un mandat», il «fera de l'argent», c'est, assure-t-il, en pensant à «Berlu» qui, de son côté, répète : «Je suis son ami et son modèle».
Berlusconi était aux affaires, alors que lui n'était qu'un petit ministre de l'Intérieur en bisbille avec Chirac. Or, le chef de l'Etat italien l'a reçu en grande(s) pompe(s) – spécialité locale – et a même offert un dîner en son honneur où il l'a installé à sa droite ! Nicolas Sarkozy, qui se couche tôt, est resté jusqu'à 1h du matin. Fasciné par l'animal.
Il faut dire qu'ils sont directs tous les deux, très virils, très tactiles, très machos latinos, très gourmands de tous les plaisirs masculins. Ils aiment la pizza, les pâtes aux truffes. Ils ont une passion pour le foot et les jolies femmes. Mais Berlusconi, c'est Monsieur Plus, plus plus même... Sarkozy, à côté, n'était qu'un enfant et il regardait son hôte avec les yeux écarquillés puisque celui qui le recevait avait tout réussi. Président du Milan AC, couvert de titres, à la tête d'une des plus grosses fortunes d'Europe et d'un groupe de médias hyper puissant. Le médiacteur français avait rencontré son maître.
Tous deux avaient la même conception de la «com'» essentielle, décisive pour gagner la bataille politique. Ils ont les mêmes tics d'acteur et une identique force de conviction. Ils ont la même méfiance du service public que Berlusconi déteste carrément et peuvent quitter un plateau télé brutalement, s'ils n'en sont pas les maîtres, ce dont ils ne se sont pas privés, comme on a pu le voir. Et «Berlu» lui a immédiatement lancé, en guise de bienvenue au club des grands, cette phrase magique : «Toi, tu passes bien, très bien à la télé».
Ces deux-là, immédiatement, se sont trouvés, puis retrouvés avec un immense plaisir, quelques années plus tard. Sarkozy était candidat à la présidentielle, et Berlusconi, qui n'était plus au pouvoir, l'a reçu avec Cécilia dans son palais privé, en mettant les petits plats dans les grands. Il lui en a mis plein la vue. Bouquets bleu, blanc, rouge sur les tables. Pâtes trois couleurs, glaces vert-blanc-rouge. La table était une composition picturale en harmonie avec les toiles de maître accrochées au mur.
Berlusconi le magicien venait de se faire poser des implants et tendre la peau, il avait rajeuni de 15 ans. Ils ont parlé famille, de l'importance des enfants qu'il faut élever avec amour mais autorité. Berlusconi a aussi blagué sur l'importance des jolies femmes dont le charme peut renforcer la cellule familiale... Mais, à la vérité, ils ont été ce soir-là plus diserts sur les questions politiques, sur George Bush qu'ils admirent tous les deux, sur Chirac qu'ils méprisaient tous les deux, en particulier Berlusconi, car l'ex-chef de l'Etat français le prenait pour un clown. Ils ont aussi beaucoup évoqué leur détestation commune des juges et des intellos de la gauche mondaine. Ils sont tombés d'accord sur la stratégie politique. Une élection se gagne à droite et au peuple en mettant en avant les thèmes négligés de la sécurité et du travail. Berlusconi lui a donné aussi un conseil, que Sarkozy suit aujourd'hui : «J'ai perdu face à Romano Prodi parce que je ne me suis pas occupé mon parti, surtout, si tu es élu, ne laisse pas mourir ton parti et ne l'abandonne à personne d'autre...» Conseil suivi à la lettre !
Ils n'ont eu qu'un point de désaccord : la taille. Berlusconi prétend être beaucoup plus grand que son ami : 1,71 mètre contre 1,65, et il en a marre lui aussi qu'on le traite de «nain». Enfin, l'Italien a un autre avantage sur le Français : il chante, et il compose même une fois par semaine. Berlusconi n'est pas peu fier d'avoir réussi aussi dans ce domaine-là puisque plusieurs de ses chansons ont été classées parmi les plus grandes chansons italiennes.
Quand ses hôtes ont quitté son Palais, ils sont repartis avec des chansons et des boîtes de cravates. Un clin d'½il : tes cravates sont moches, mais nous sommes tous deux de formidables vendeurs...
Nicolas DOMENACH